« Moi, je ne cliquerais jamais là-dessus. »
« Je trouve ce visuel trop simple. »
« Je ne regarde jamais ce type de vidéos. »
Ces phrases reviennent souvent lorsqu’une équipe travaille sur un site web, une campagne, un contenu ou une identité de marque. Le problème commence quand un avis personnel devient un argument marketing.
Car vous n’êtes pas forcément votre cible. Vos goûts, vos usages, votre âge, vos références, votre connaissance de la marque ou votre façon d’utiliser les réseaux sociaux peuvent être très différents de ceux de vos clients.
C’est tout le piège de l’ego marketing : concevoir sa communication à partir de ce que l’on aime, pense ou ferait soi-même, plutôt que de ce que vivent réellement les personnes auxquelles on souhaite s’adresser.
À retenir en 30 secondes
- Vos préférences personnelles ne sont pas des données marketing
- Une équipe peut connaître parfaitement sa marque tout en connaissant mal les usages de son audience
- Les professionnels du marketing sont eux aussi exposés aux biais de projection et de faux consensus
- Personas, retours clients, données comportementales et tests permettent de mieux objectiver les décisions
- Écouter son audience ne signifie pas renoncer à l’identité de la marque
Qu’est-ce que l’ego marketing ?
Le terme « ego marketing » n’est pas un concept scientifique codifié. Il désigne une tendance à considérer ses propres goûts, comportements ou références comme représentatifs de ceux de son audience.
Le Super Daily ne dit pas autre chose : on publie ce que l’on aimerait personnellement regarder, on choisit le visuel que l’on trouve beau ou on écarte un format simplement parce qu’il ne correspond pas à ses propres usages.
« Je n’aime pas cette création. » n’équivaut pas à : « Cette création répond-elle aux attentes de notre cible et à l’objectif de la campagne ? »
La première phrase exprime un goût. La seconde pose une question de communication.
Et cette nuance change tout.
Pourquoi avons-nous tendance à nous prendre pour notre audience ?
C’est une illusion de croire que les autres pensent comme nous
La psychologie décrit depuis longtemps ce phénomène sous le nom d’effet de faux consensus : nous avons tendance à surestimer la proportion de personnes qui partagent nos préférences, opinions ou comportements.
Des travaux publiés en 2021 dans le Journal of Marketing Research montrent que les professionnels du marketing y sont également confrontés : ils peuvent eux aussi projeter leurs préférences personnelles sur les consommateurs lorsqu’ils essaient d’anticiper leurs réactions.
Ce n’est donc pas nécessairement un manque de compétence. C’est un biais humain.
Le danger apparaît lorsque l’intuition n’est plus confrontée à la réalité.